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J'ai la réputation d'être un amateur de polémiques. Ce n'est pas la réputation que je préfère, mais je dois reconnaître qu'elle n'est pas totalement injustifiée. J'ai des convictions, j'aime les exposer et les défendre, et je ne suis pas un homme de consensus : dans une confrontation d'idées, je crois qu'il y a toujours quelqu'un qui a raison (ou plutôt raison) et quelqu'un qui a tort (ou plutôt tort). Et je ne vois aucune raison de donner raison à quelqu'un qui n'a pas raison. J'ose même aller au-delà, et affirmer que tous les points de vue ne se valent pas, et qu'il en existe d'inadmissibles. Le risque est évidemment celui de l'arrogance et du sectarisme - il est possible que je mette parfois le pied dedans.
Certains sujets me laissent indifférents, d'autres me font grimper aux rideaux. Par exemple : l'aménagement touristique de la montagne. Comme j'habite au débouché de la Tarentaise, en Savoie, je suis bien placé pour mesurer l'énormité de l'impact du développement des stations de sports d'hiver depuis 40 ans (depuis le premier "Plan neige") - et je trouve le résultat désespérant. La montagne savoyarde a été violée sans vergogne par un modèle de développement porté par la seule logique financière, et qui ne connaît que la fuite en avant. Résultat : tout l'espace est progressivement dévoré par le béton, l'acier et les bulldozers, sauf là où existent d'ultimes filets de protection (Parcs national...) - mais pour combien de temps, si l'actuelle logique de désengagement de l'Etat se poursuit ? Certes, cela a permis un enrichissement spectaculaire de la population, mais au prix de dégâts culturels, humains et environnementaux irréparables. Il était possible de concevoir un autre modèle de développement, avec comme critère premier de ne pas tout soumettre à la dictature des sports d'hiver, mais cela aurait nécessité de miser sur le long terme alors que les promoteurs et les spéculateurs ne connaissent que le très court terme. Pas besoin d'aller en Amazonie pour mesurer les effets dévastateurs d'une économie de marché débarrassée de toute forme de régulation et affranchie de toute volonté politique (politique = art de gouverner la cité et d'imaginer son avenir).
Ne pas croire que le processus est terminé. A preuve les projets récemment annoncés par la station d'Arêches-Beaufort. Elle avait jusqu'à présent la réputation d'être une station-village soucieuse d'un développement équilibré, sans sacrifier l'été à l'hiver (ouais...). La voilà maintenant saisie par la folie des grandeurs. Non seulement elle envisage d'équiper l'un de ses principaux sommets (la Pointe du Dard), mais elle veut aussi se relier à la basse vallée de la Tarentaise en basculant du nord au sud par-delà le col de La Bâthie, avec un gros porteur jusqu'au village de La Bâthie, à 350 m d'altitude. Et les pentes ensoleillées proches du col seraient équipées en remontées mécaniques. C'est la nouvelle mode : mettre les pistes de ski au soleil ! Inutile de dire qu'en procédant ainsi Arêches changerait complètement de catégorie : adieu la station-village, bonjour le big bazar. L'autre mode c'est les liaisons inter-stations, au besoin par des réseaux de câbles survolant les vallées comme si les lignes EDF ne suffisaient pas (voir la liaison La Plagne - Les Arcs).
Cette affaire de La Bâthie a suscité sur place des réactions très vives (voir le site de l'association de défense : http://montagne-labathie.dnsalias.net), et c'est une nouvelle bagarre qui commence. Quant à savoir si elle pourra être gagnée... La plupart des batailles du même type ont été perdues, mais on peut toujours rêver. En attendant voici matière à réflexion, avec d'abord l'excellent article que la revue Montagnes-Magazine a consacré à l'affaire dans son numéro de mars (avec l'autorisation de son auteur, François Carrel) et ma propre réaction.
L_affaire_Areches_La_Bathie.pdf

 

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Il peut y avoir d'autres sujets de querelles. Il y en a qui peuvent apparaître dérisoires quand on les voit de l'extérieur. Ainsi des disputes sur l'équipement des voies d'escalade, dans lesquelles les grimpeurs de tous bords sont capables de s'entre-étriper. De fait, elles sont dérisoires en elles-mêmes, mais elles peuvent servir de révélateur pour de vrais problèmes et mettent en lumière une réalité qui est assez désagréable, mais dont il faut tenir compte : le divorce consommé entre les acteurs de l'alpinisme et de l'escalade. Quand on ne se comprend plus, il devient évidemment très difficile de s'entendre. Quand les uns et les autres regardent la même montagne, voient-ils la même chose ? La réponse est non. Il y a ceux qui y voient un espace offrant un certain nombre de possibilités techniques et sportives, et ceux qui y voient une entité sublime, voire sacrée. Le différence de regard (culturelle) débouche bien évidemment sur une approche complètement différente (le mode d'emploi = Stade_ou_sanctuaire.pdf). Ainsi, la réflexion sur les modes de pratique permet à rebours de réfléchir sur la dimension culturelle de l'alpinisme et les fractures qui la traversent. C'est en ce sens que je livre quelques éléments.

 

D'abord un essai de définition de l'alpinisme, que j'avais fait vers 1999 pour éclairer la lanterne des responsables du Parc de la Vanoise qui m'avaient avoué ne rien savoir de lui :
Concept_alpinisme.pdf

 

Puis une prise de position sur les notions d'Aventure et de Risque 
Savoir_l_alpinisme.pdf

 

Une remise en cause de la compétition sportive
Sport_et_id_ologie.pdf

Et une analyse de la fracture culturelle dans le monde de l'alpinisme
Alpinisme_ou_business.pdf