La montagne c'est pointu

Les élucubrations du Chaps

31 août 2005

Escalade et jubilation

S’il est une chose sûre, c’est que mon aventure partagée de mars 1980 (l’avalanche suivie d’un aller-et-retour sans frais chez St-Pierre) a complètement changé ma manière de voir les choses. Je ne parlerai que de la montagne, ce qui est déjà beaucoup. Après avoir remis tous mes compteurs à zéro, j’ai entamé la période la plus heureuse de ma vie d’alpiniste. Comme le destin a le goût des vacheries, il a fait en sorte que cela ne dure que quatre années, avec pour août 1983 un rendez-vous des plus fracassants. Mais n’anticipons pas : pour le moment, place à l’apothéose !

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Les charmes de l'escalade dans les Bornes. A gauche, dans la voie du Char à Bancs (Pertuis). A droite, une pancarte à Nant Debout, retouchée par un petit impertinent (elle a disparu depuis)

Non pas que le nombre et la qualité des prouesses ait augmenté, bien au contraire. Les courses qu’on jugeait alors exceptionnelles ont été plutôt moins nombreuses ; c’est le plaisir qui a été plus intense que jamais, et c’est bien cela qui compte : foin de performances, place à l’hédonisme alpin. Plaisir de vadrouiller, de connaître des lieux jusque-là dédaignés, la Corse, les Dolomites, les Pyrénées (merveilleuses Pyrénées ! allez dans les Pyrénées !) ; plaisir de vagabonder de cimes en cimes, fussent-elles sans réputation ; plaisir de partager ces moments avec de jeunes galopins qui découvraient la montagne avec une joie, un enthousiasme et un talent fous. J’avais déjà expérimenté ce luxe du partage avec des compagnons comme James Chevallier, Olivier Comerson ou Jeef Lemoine – tous les trois disparus aujourd’hui. Nous étions allés ensemble aux Etats-Unis en 1979, après quoi il a bien fallu se voir moins souvent – il ne doit pas exister beaucoup de cordées éternelles…

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Sur la rhyolite de Bonifato, en Corse du nord. Une ouverture anonyme...

J’animais toujours le club d’escalade de mon Lycée et je démarrais celui du CAF d’Albertville. Cette double casquette m’a permis de me retrouver au milieu d’une escouade de choc comme on en rencontre rarement. Il va être difficile de ne pas être injuste si je me risque à citer des noms, et pardon d’avance pour ceux que j’oublie. Pour certains les courses effectuées ont été peu nombreuses, mais suffisamment pour apprécier leurs qualités morales et intellectuelles tout autant que leurs dons de grimpeurs – ainsi de François Hubert ou de Fabien Hoblea, des garçons tout simplement géniaux.

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François Hubert dans la voie de la Relève, à la Tête de Colombe (Cerces)

Pareil pour François Cartier ou les frères Goujon, Vincent et Pierre. Ce dernier nous a quittés en 1991, le jour même de mon anniversaire, dans les eaux furieuses de mes Côtes d’Armor natales. Lui ne grimpait pas, mais il était musicien et s’il skiait en apparence comme une savate, il répondait présent chaque fois que je cherchais un partenaire pour une course à skis, loufoque de préférence. Un été je l’avais emmené faire une traversée intégrale des Aiguilles de Trélatête à partir des Chapieux, dans la journée. Une paille ! Au moment de chausser les crampons vers la Lex Blanche, il m’avait demandé comment ça fonctionnait, et pareil pour les broches à glace. Il m’avait rappelé Bertrand Bougé – autre poète disparu – me signalant à la sortie du couloir des Italiens, à la Grande Casse, que c’était la première fois qu’il mettait le pied sur des crabes… Cette démarche me convenait parfaitement : après tout, c’est bien ce qu’on avait fait avec Wyns à la voie des Savoyards ou au Bastion Central – se fourrer dans le pétrin, et après on regarde comment en sortir. Le principe de précaution, ce n’était pas notre tasse de thé.

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Vincent et son oeil complice dans la voie des Lézards, aux rochers de Borderan (Aravis)

Vincent, c’est le petit frère. Si on n’a jamais fait de très grande course, on a grimpé et skié jusqu’à plus soif, et lui à skis, c’est vraiment le contraire d’une savate. Si vous avez vu ce joli film de « Malabar Princess », vous avez vu passer son nom sur le générique – c’est lui qui en a fait la prise de son, c’est devenu son job. Il revient quand il peut regarder les montagnes depuis son parapente et écluser avec nous une bonne bouteille. J’adore les bonnes bouteilles… Mais je m’égare. Qui encore, dans la galerie des vedettes ? Il y avait Jean-François Pouillard, le « vieux » puisqu’il avait dépassé les vingt ans, avec qui j’ai fait la traversée des Aiguilles de Chamonix juste avant mon accident, en août 83. Une drôle de traversée, dans une chaleur caniculaire, sur une montagne morte de soif, avec des versants qui littéralement s’écroulaient en-dessous de nous, comme une prémonition des temps actuels.

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François Cartier (en tête) et Vincent dans la paroi de Bazel. A droite, Jean-François en rappel au Pilier des Trois Pointes (Mont-Blanc du Tacul)

Il y avait encore Marc Séraphin, un océan de modestie et de générosité, artiste lui aussi, végétarien et grand bouffeur de chocolat. Et infatigable ! Je ne l’ai vu craquer qu’une seule fois, sur l’éperon sud-est du Bec d’Oiseau. Alors que nous étions déjà très haut, il avait été pris de douleurs très violentes qui faisaient penser à un œdème pulmonaire. Nous étions si haut que la retraite me paraissait plus problématique que le passage par le sommet, afin d’atteindre le glacier des Nantillons. Par bonheur il y avait avec nous Vincent Coussedière, et nous avons littéralement porté Marc jusqu’à la cime tout en craignant le pire. Sur le glacier, je pensais courir jusqu’à Chamonix pour aller chercher du secours, mais en fait Marc y est arrivé avant nous sur le coup de minuit, frais comme un gardon : plus nous descendions, mieux il se portait tandis que nous, nous accusions la fatigue. Il n’y avait pas plus d’œdème que de beurre en broche, seulement une banale déchirure intercostale, aussi douloureuse que bénigne !

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Marc dans le Pilier des Chercheurs d'Or, lors des séances d'ouverture

J’ai fait avec Marc des courses magnifiques dans un style qui m’a comblé, tout de dépouillement et de sérénité, comme on dirait d’un alpinisme franciscain : au Rouget (la voie de la Console !), à la Noire de Peuterey, à Sialouze ou au Pic sans-Nom (la George-Russenberger dans la face nord, où nous avons éprouvé l’euphorie de la course parfaite). Et c’est avec lui que j’ai ouvert au Pertuis, dans les Bornes, le Pilier des Chercheurs d’Or. Une épopée de 12 journées presque consécutives, en juin 1982. J’aimais beaucoup cette haute muraille verticale jaillie des arbres, la seule falaise des Bornes qui fasse penser au Vercors. J’y allais très souvent avec les jeunes, avec qui j’ai parcouru une bonne partie des voies. Ma préférée était le Char à Bancs, dont j’avais fait en juin 68 la deuxième ascension et que j’ai refait au moins 12 fois. Je voulais faire là-haut une trilogie associant le Pertuis et la Tête à Turpin, toute proche. J’ai dû me contenter d’une voie à la Tour des Bûcherons (Rhapsodie d’automne) et de ce Pilier des Chercheurs d’Or proche du Char à Bancs. Je voulais faire une voie complètement équipée en utilisant pitons et spits, ce qui était encore peu courant en-dehors des écoles d’escalade. Je tenais aussi à ouvrir du bas, sans placer de cordes fixes et en faisant un maximum de libre. Les dernières journées ont été rudes, quand nous passions plus de la moitié du temps à remonter la partie déjà parcourue ! J’ai été assez fier du résultat, je dois dire, même si mes critères d’équipement paraissent aujourd’hui complètement ringards. Mon plus grand regret est de constater que cette superbe paroi est à l’abandon et n’attire pratiquement plus personne…

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Partie centrale de la face sud du Pertuis. Le Pilier des Chercheurs d'Or borde la très profonde cheminée visible à gauche (où passe la voie de l'Escalier). Le Char à Bancs est plus à droite et sort sous le relais TV visible au sommet

L’alter ego de Marc était donc Vincent Coussedière, brillantissime dans toutes les matières de l’esprit comme dans celles de la grimpe ou du ski. Lui aussi je lui dois bien des choses, notamment une Walker d’anthologie (à nous deux moins de 60 ans, donc presque 42 pour moi…) et une Devies-Gervasutti à l’Ailefroide quelques années plus tard, qui ressemblait à une passassion symbolique de pouvoir. Enfin il ne faudra pas que j’oublie Cyrille le Ménestrel, dit Minestron, dont nous avions hérité alors qu’il entrait à peine dans l’adolescence avec ses longues guibolles et sa voix de soprano coloratura (faut-il dire « coloraturo » ?) dont il usait comme d’une trompette. Volubile et drôle, c’était un ludion effervescent à qui on avait parfois envie de mettre une laisse. Cela ne l’a pas empêché de devenir un remarquable grimpeur, sans parler de qualités intellectuelles qui rivalisaient sans peine avec celles des autres. En fait j’avais hérité là d’une équipe de prix Nobel en puissance, smokings en moins et joie de vivre en plus.

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Vincent (dans le Pilier Rouge du Petuis) et Cyrille (dans la paroi du Casset, à la Tournette)

J’ai eu l’occasion dévaluer leurs capacités en septembre 1981 lors d’un séjour en Vésubie sous la houlette du CAF d’Albertville. Je me suis retrouvé seul pendant 12 jours avec huit monstres de cet acabit, 12 jours durant lesquels je courais d’une voie à l’autre pour mettre les cordées sur les rails, contrôler la bonne marche des opérations, assurer les descentes, conduire ceux qui n’étaient pas autonomes (13 voies en 8 jours…), plus faire le chauffeur, les courses, la cuisine, la nounou, etc…C’était épuisant et ravissant. J’ai eu le coup de grâce le jour du départ, quand il a fallu ranger le petit chalet que nous avions loué au Boréon, et que François m’a sorti qu’il n’avait jamais touché un balai de sa vie…

On a fait encore mieux l’année d’après avec Cyrille, Marc et Jean-François. Vincent Coussedière aurait dû en être, mais il s’était fait une entorse à la descente de la Walker et avait dû renoncer. On avait prévu de grimper durant la deuxième quinzaine de juillet (1982) sans programme bien défini. Heureusement, car la météo était enragée, avec des orages quotidiens très méchants qui pétaient sur les 13-14 heures. Nous avons cru trouver la solution dans une fuite en avant qui nous a fait visiter la moitié de l’arc alpin. Qu’on en juge : 17 juillet, voie Kohlmann-Mazeaud à la face sud du Pouce. Orage. Le 18, transfert sous la pluie dans le Val d’Orco et montée à Piantonetto. 19 : voie de la Tour Détachée au Becco di Valsoera. Orage, naturlish. Le 20, on traverse la plaine du Pô jusqu’en Lombardie, direction le col de la Maloja et bivouac tout près du Badile. 21 : éperon ouest-sud-ouest du Piz Cengalo. Puis avec Jean-François, je franchis sous l’orage (naturalmente) trois cols pour aller récupérer le camion pendant que Marc et Cyrille passent la nuit dans la chapelle d’un cimetière du Val Masino…

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Dans la face ouest du Becco di Valsoera (Grand Paradis)... un jour où il faisait beau...

Le 22, on file sur Madonna di Campiglio et on monte (sous la pluie) au refuge Brentei. 23 : Campanile Basso par le spigolo Graffer + paroi Preuss. Orage. Le 24, on se retape la Padanie, cette fois pour le Val Maira. 25 : trois voies dans le groupe Rocca-Provenzale, après quoi on rejoint, au milieu des éclairs, le Valdieri dans l’Argentera. 26 : face sud du Corno Stella par la Directissime Pierre Allain, et descente en courant sous l’orage. On a quand même sauté un jour avant la dernière qui a eu lieu le 29 dans le Val Veny, avec la traversée des Aiguilles nord et est de Trélatête. Bon, c’était 15 jours pas mal employés, en somme, et des voyages qui forment la jeunesse !

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Le versant sud du Corno Stella (Argentera)

Je dois à Cyrille un des épisodes les plus pittoresques de ma carrière d’initiateur bénévole. C’était dans les rochers de Borderan, au-dessus du col des Aravis. C’est une petite falaise (100 à 150 m, pas plus), très verticale, avec un calcaire surprenant où alternent le meilleur et le pire. On a parfois l’impression de grimper sur du carton, mais on trouve aussi des dalles éblouissantes. Je l’ai découverte en 1974 et je me suis aperçu que c’était un très chouette terrain d’aventure, au sens vrai du terme (je ne parle pas de cette imposture des « parcs d’aventure », comme si l’aventure pouvait s’enfermer dans un espace clos !) : recherche du cheminement, résolution des problèmes d’assurage (parfois très chinois !), une certaine prise de risques, le tout dans un décor somptueux.

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Rochers de Borderan. A droite, la grande dalle de la voie des Lézards

J’y suis allé je ne sais combien de fois, ouvrant une bonne douzaine de voies allant de la bouse intégrale au petit chef-d’œuvre (D XII, le Poinçonneur de l’Adroit, le Grand Fanfoué, la voie des Lézards…). Ma favorite est le Grand Fanfoué, ouvert en 74 avec Michel Valyi puis remanié à plusieurs reprises, et que j’ai dû parcourir une bonne vingtaine de fois. Malgré son allure rébarbative, c’est une très belle escalade aérienne, sur un rocher presque partout excellent, avec à la fin une dalle coquine dont je ne suis pas peu fier…

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Vincent Goujon dans la longueur terminale du Grand Fanfoué

Cette fois-là nous étions cinq : j’étais devant, assurant en flèche Cyrille suivi de Fabien. Derrière, en cordée volante, il y avait Marc puis Vincent Coussedière. J’avais enchaîné les deux premières longueurs et je faisais monter mes seconds, quand Cyrille avisa au-dessus de sa tête une belle écaille bien découpée, séparée de la paroi par une fissure à la courbe tentatrice. Cette écaille, j’avais pris bien soin de la contourner sur mon passage, mais je n’eus pas le temps d’alerter Cyrille que celui-ci s’était déjà agrippé à son tranchant tout en glapissant avec la suavité d’un cornet à piston : « Eh les copains, une p….. de dülfer ! » On devine la suite, digne d’un scénario pour la Panthère rose : l’écaille gicle, avec Cyrille cramponné dessus, jambes frétillantes et mine stupéfaite, avant d’aller penduler sous quelque surplomb, tandis que le couperet de guillotine fonce vers la tête de Fabien, la frôle, s’abat sur le rocher devant sa poitrine tout en sectionnant net sa corde d’attache, rebondit en direction de Marc, l’évite de peu dans un pas chassé de toréador, hésite à fracasser un peu plus bas le crâne de Vincent puis, se ravisant, s’en va exploser dans un vacarme triomphateur dans le pierrier. Echooooooooooooooooooooooos tout au long de la crête des Aravis ! Puis, le silence.

Logiquement, j’aurais dû avoir trois morts sur les bras, sinon trois et demi. Je rappelle que c’était une sortie du club d’escalade du Lycée, un mercredi après-midi. J’imagine la tête du proviseur (« Je vous couvre, je vous couvre »), si…. Restez couvert. J’imagine que cette affaire m’enverrait aujourd’hui au goulag, et que Sarkozy se déplacerait en personne aux Aravis pour fustiger ma criminelle inconscience. Heureusement nous étions en 1981 ou 1982 : c’était encore l’état de grâce, version Tonton. Mais au moins, les procureurs ne se mêlaient pas de faire de l’escalade.

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Cyrille dans D XII, lors de l'ouverture

Rétropectivement, je bénis la chance puisqu’il n’y a eu que de très légères égratignures, qui ne nous ont même pas empêché de finir la voie. Je bénis surtout le sang-froid et la lucidité de ces quatre jeunes, la belle placidité de Fabien qui sut rester impassible alors qu’il se livrait à un solo involontaire sur quelques grattons, la superbe efficacité de Marc qui se propulsa jusqu’à lui et fit en un clin d’œil les gestes qui le mirent hors de danger, sans omettre la réaction de notre ludion voltigeur, soudain privé de son organe vocal, mais tout aussi vite enrichi d’une dose d’expérience dont il sut faire son miel. Décidément, j’avais affaire à une sacrée équipe – oui, on peut rencontrer dans sa vie des jeunes dignes d’admiration.

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Dans la Restonica (Corse centrale)

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30 août 2005

Rochers de Borderan

Voici une esquuisse de topo pour les Rochers de Borderan. Pour l'instant, je ne mets que des vues générales, et le topo des quatre voies citées dans Escalade et Jubilation. D'autres pourront être donnés, suivant la demande éventuelle.

Vue générale et liste des voies : Borderan11.pdf
Schémas des 3 secteurs parcourus : Borderan21.pdf
Topo de D XII : Borderan31.pdf
Topo du Poinçonneur de l'Adroit et du Grand Fanfoué : Borderan41.pdf
Topo de la voie des Lézards : Borderan5.pdf

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29 août 2005

J'arrive !

Ne soyez pas impatient(s) : je reviens... J'avais bien essayé de me transformer en vieilles pierres, mais ça n'a pas marché... Ici, c'est à la cathédrale de Bourges, en 1992, avec Claire...

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Et là c'est près du lac Palluel, au-dessus de Dormillouse, la semaine dernière, là où il y a une extraordinaire exposition de cairns...

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Moralité : on a beau porter un nom de caillou, la question de la transsubstantiation du Chaps en échantillon géologique reste sans solution. Dommage : j'aurais bien aimé que la géologie puisse un jour inclure dans ses coupes stratigraphiques un étage "chapoutien" !

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15 août 2005

Quelques jours de vacances...

Tout arrive : je me mets en congé pour quelques jours. Je reviendrai conter la suite de mes aventures, ou confier mes états d'âme sur les sujets qui me titillent, dans une quinzaine de jours... si les petits cochons ne m'ont pas mangé entre temps. Je vous laisse donc en compagnie de ce petit résumé des chapitres précédents (ou bêtisier, comme vous voudrez)...

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10 août 2005

La Meije et moi, acte V

L’année des trois Rougets a aussi été l’année des trois Meijes, et dans tous les sens du terme : Orientale, Grand Pic, Doigt de Dieu, elles y sont toutes passées. Bizarrement, la première est le fruit d’un ratage. Je voulais emmener Jacques Plassiard pour réaliser enfin cet enchaînement Bastion + Dibona-Mayer qui me fuyait depuis maintenant 7 ans. Cette fois il faisait un temps superbe (on était en plein dans la fameuse sécheresse de 1976), mais une fois au pied du mur j’avais aperçu avec effroi un vilain petit nuage qui encapuchonnait l’Olan. Je tenais cette montagne pour un indicateur barométrique infaillible en vertu du célèbre dicton dauphinois : « Quand l’Olan met son chapeau le matin, la foudre est sur ton chemin » (ce dicton se vérifie parfois : ainsi, Olivier Challéat avait été tué par l’orage dans la Couzy-Desmaison en 1975, alors qu’il en faisait la première solitaire). Les mauvais souvenirs de 1969 remontèrent aussitôt en moi et me firent décréter le torpillage de l’expédition.

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La Meije orientale et le Pavé, avec la chute glaciaire du col du Pavé telle qu'elle était en 1976...

Mais il faisait toujours beau, et nous avions devant nous au moins une matinée à occuper. Je pense que c’est Jacques qui parla alors de la toute proche Meije orientale. Et pourquoi pas sa face sud-ouest, puisqu’elle nous tendait les bras ? Nous n’avions pas de topo, mais j’avais pris l’habitude de m’en passer et de toute façon je savais que les gros éboulements survenus en septembre 1969 avaient plus ou moins éliminé la voie que les cousins Auguste et Casimir Rodier y avaient ouvert en 1928. Ils avaient fait ça dans la journée, en aller et retour depuis La Bérarde… Maintenant qu’elle était réduite à l’état de gneiss pilé avachi sur le glacier des Etançons, le recours à un topo s’avérait de médiocre intérêt.

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Dans le haut de la face de l'Orientale, tout près du beau gendarme en fer de lance. Et zut pour le contre-jour!

Nous avons donc escaladé cette paroi de 400 mètres au pifomètre, avec un certain plaisir. Inutile de préciser que le beau temps se maintenait implacablement, avec une ironie à peine voilée. Après une grosse pause photographique au sommet, nous sommes descendus par l’arête sud-est en direction des brèches Gaspard & Co, et de là au glacier des Etançons. Bien plus tard j’ai eu l’occasion de repasser par là en faisant la traversée Meije-Pavé. L’arête s’était beaucoup détériorée : visiblement les éboulements ont continué.

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Jacques sur l'arête de l'Orientale, dans un gneiss "variable"...

En revanche, la montée au Pavé, que nous avions ignorée en 1976, mérite le détour : ce n’est pas de la grande escalade, mais elle est rapide et plaisante, et surtout le coup d’œil depuis le Pavé est sensationnel. Quant à la descente, elle se fait aisément et logiquement à la seule condition de ne pas rater le point de départ des rappels, juste sous le sommet. Rétrospectivement, j’ai regretté de n’avoir pas préféré cette formule à l’insipide descente de la Brèche Casimir. Un couplage Meije Orientale par la face sud-ouest + traversée au Pavé, voilà une combinaison originale qu’on peut conseiller aux amateurs de terrain d’aventure, avec en prime un coup d’œil imprenable sur la Grande.

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Le Pavé, depuis l'Orientale. Un cousin à ne pas dédaigner. Au loin, les Ecrins

En août, j’ai enfin pu faire la face nord directe du Grand Pic, que j’avais mis tant d’application à rater dans les 10 années précédentes.

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Le compte-rendu de l'ascension de la Directe sur les Annales du GHM, en 1963. Où Raymond Renaud se voyait gratifié d'un "y" mal placé. La Directe était présentée comme "variante" de la voie Tobey-Robino. La partie originale fait quand même 200 m... Des précautions de langage qui sont malheureusement passées de mode !

Je l’ai faite avec Jeef, fraîchement débarqué de son stage d’aspirant-guide, et un sien collègue nommé Jean-Claude Roguet. Les conditions n’étaient pas idéales : au beau milieu de l’interminable sécheresse, il y avait eu un petit coup de tabac qui avait déposé plusieurs centimètres de poudreuse bien froide dans les faces nord, et une bulle d’air polaire stagnait en altitude, animée par un charmant petit blizzard. Pendant la montée au Promontoire, j’avais chopé une suée que j’avais épongée au refuge par une bonne bière bien fraîche… et bonjour la java des boyaux pendant la nuit. Le lendemain, un froid arctique nous attendait à la Brèche. Le coup me fut fatal : je fis la face nord malade comme un chien, vidé de mes forces et traîné comme un mathieu par mes deux aspis mi-ironiques, mi-compatissants. C’était donc ça, le grand Chaps ? Eh oui, une vraie loque ! J’ai tellement ralenti la cordée qu’il a fallu bivouaquer juste sous le Cheval Rouge – un bivouac il est vrai somptueux. Le lendemain, j’étais à nouveau sur pied.

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3 août 1976 : le soleil du petit matin illumine le Râteau. Fin d'un beau bivouac !

Images de la face nord directe

J’ai longtemps attendu avant de prendre sur cette mauvaise journée une sorte de revanche. Je ne suis revenu qu’en juillet 1997, avec Olivier Mansiot et Etienne Rol. Nous voulions faire le couloir en Z, qui était visiblement en conditions parfaites car il avait assez fortement neigé durant tout le début de l’été. Malgré son évidente raideur, le Z avait été envisagé dès les années 1880 mais il avait repoussé toutes les tentatives jusqu'à ce que Maurice Fourastier et Casimir Rodier en viennent à bout en août 1933. Les répétitions étaient restées très rares pendant une quarantaine d'années, après quoi il a connu un regain d'intérêt. J'en avais visité le début vers 1967, une tentative interrompue par la perte du piolet de Jean-Louis Mercadié. Faire le Z sans piolet, ça doit être moyen...

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Casimir Rodier représenté par Jean Chièze devant la face nord de la Meije. Lithographie paru dans "Montagnards" (1937). Les textes étaient d'André Allix.

J’ai donc retrouvé ces lieux où je n’étais plus passé depuis 21 ans, et que je pensais reconnaître. Le dessin de la rimaye n’avait pas changé : arquée vers le bas, elle s’abordait en oblique de gauche à droite à partir d’un net bombement de glacier, pour ensuite offrir une haute pente de glace à 50° qu’il fallait remonter avant d’aborder les rochers. Arrivé là, je n’ai plus rien compris. Au lieu des gradins superposés de la voie Fourastier, nous butions sur un grand mur vertical, très rébarbatif, qu’il a fallu escalader en exposant un peu la viande. Juste après, nous avons atteint la rampe oblique qui donne accès au Z proprement dit, non pas à son origine, mais nettement plus haut. Ainsi, une attaque exactement identique à celle de 1967 nous amenait 30 ans plus tard bien plus à droite. Il fallait donc conclure que tout le système de la rimaye avait dérapé vers l’ouest tout en gardant sa configuration d’ensemble, sous l’effet de l’affaissement du glacier. Une pièce à verser au dossier du changement climatique et du retrait glaciaire.

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Compte-rendu de la première ascension du Z sur l'Alpine Journal (britannique) de 1934. Une belle manifestation d'anti-fair-play, ponctuée d'erreurs grossières et de commentaires vicelards. Fourastier est présenté comme guide, ce qui était faux. Lui et Rodier auraient utilisé des "moyens mécaniques". On se demande lesquels ! En fait ils ont utilisé des pitons, considérés alors par l'Alpine Club comme impurs... La voie serait sans autre intérêt que d'exposer aux chutes de pierres, etc... etc... Bref, les chiens aboient....

Pour le reste, le Z était toujours à sa place. Nous nous attendions à une course assez facile, et nous avons découvert en réalité une ascension de très bon niveau. Pour avoir déjà fait le couloir de l’Etret, je savais que Fourastier n’était pas manchot sur la glace, pas plus que sur le rocher. Je n’en ai pas moins éprouvé à nouveau de l’admiration pour lui et pour Rodier, qui avaient osé se lancer là-dedans en 1933. J’ajoute que l’ambiance est magnifique, au point que j’ai préféré le Z à la Directe, pourtant plus dure et plus réputée. Mais la Directe se déroule au fond d’un énorme dièdre très encaissé, sans visibilité, tandis que le Z se balade dans une immense muraille très ouverte, avec une merveilleuse variété de situations. Du coup, j’en suis venu à penser que la plus belle combinaison de la face nord reste celle de Tobey et Robino en 1947, donc en prenant le Z jusqu’à la fin de sa deuxième barre (la Vigie centrale), car le parcours de « l’arête du ciel » qui vient ensuite est tout simplement grandiose.

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Edouard Frendo en 1937 (lors du deuxième parcours) et mézigue en 1997 (avec un bâton de ski dans une main et un piolet de l'autre...) dans le même passage de la barre inférieure du Z. Où l'on voit que la roture a nettement ripé vers le bas (voir en particulier à l'extrêmité de la bande de glace)

Images du couloir en Z

A moins d’utiliser une des voies plus récemment ouvertes par les cadors des jeunes générations. La variante Audoubert de 1979, qui double le tracé de la Directe en prenant les extérieurs, n’a pas fait recette. Mais il y a eu ensuite la « Salsa pour 3 étoiles » de Tanguy et Rougier (1985), que ses rares répétiteurs ont trouvée superbe et dure. La dernière vient de sortir : Cyril Copier et Bernard Gravier ont terminé en deux fois (9-11 mai, puis 17-18 juin 2005) une directissime commencée au siècle dernier. Nommée la "Directissime des Potes", elle démarre au point le plus bas de la face, entre la variante Saadi et le Pilier Diagonal (Girod-Sandoz 1955). Elle coupe la bande inférieure du Z en plein milieu pour surmonter le grand mur jaune un peu déversant qui la domine, et elle s'achève dans le triangle sommital du Grand Pic 20 mètres sous le Cheval Rouge. Le tout est annoncé ED+ (6b/A2/M5), avec une longueur de sortie en 6a/7a/A2 qui resterait à libérer. Bon, c'est pas pour moi...! J'en connais qui lorgnaient dessus, et qui vont avoir un petit pincement en apprenant cela. J'en connais aussi un qui brûle d'aller spiter une belle structure d'olivine encore épargnée dans le haut de la face, histoire d'y poser la première longueur en 8 de la Meije. Franchement, j'aimerais qu'il n'en fasse rien et que l'on s'entende pour préserver le caractère aventureux de l'ensemble de ce versant...

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La Meije vue des Trois Evêchés (Savoie)

Retour au bon vieux temps. L’été 76 me ramena l’enchaînement Bastion + Dibona-Mayer, dans des conditions inespérées, avec Olivier Comerson et Marc Chabert. Comme j’en ai déjà parlé, je ne redirai pas que j’ai trouvé cette voie encore plus belle et plus gratifiante que la Pierre Allain au Grand Pic. J’ai tellement aimé ces deux voies que j’ai suis retourné à plusieurs reprises, j’y ai même pris une sorte d’abonnement dans les années 80, rien que pour le plaisir du plaisir des copains.

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Bivouac aux Enfetchores. Un bon point de départ pour le versant nord, à partir de la station intermédiaire du téléphérique de La Grave. J'aurais préféré que cette mécanique n'existe pas, mais puisqu'elle est là, autant faire avec !

A ce stade, j’avais déjà parcouru presque toutes les voies qui existaient sur la Meije à cette époque. Il ne me restait qu’à compléter ma collection. En 1979, j’ai donc fait avec Olivier Comerson une très belle combinaison en enchaînant le Pilier diagonal de la face nord-ouest (une voie Girod qui sort à la Brèche du Glacier Carré, comme le Z) avec la traversée des arêtes.

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Olivier quitte la dernière tête rocheuse du Pilier diagonal, qu'une ultime longueur en glace sépare de la Brèche du Glacier Carré. La sortie du Z se devine sur la droite

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Croisement au Cheval Rouge, et rencontre fortuite avec un guide qui sort de la face sud : c'est Jean-Jacques Prieur ! Il descend, nous montons. A une prochaine fois !

Puis ce fut en 1980 le couloir des Corridors, à l’époque une bien belle voie glaciaire dans la face nord du Doigt de Dieu, où je me suis trouvé avec une paire de nouveaux-venus pleins de fougue et de talent : Marc Séraphin et Vincent Coussedière. Leur présence en annonçait d’autres, inaugurant une des périodes les plus joyeuses de ma vie d’alpiniste déjà comblé. C’est évidemment une autre histoire…

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Marc dans la pente des Corridors, avec une autre cordée dans le paysage. On ne s'enquiquinait pas avec une collection d'"engins à glace", à l'époque...!

 

 

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05 août 2005

Un Rouget jubilatoire

La face sud du Rouget a vraiment été ma « découverte » de l’été 76. Certes, j’étais déjà allé par là auparavant. J’avais commencé en 1969 par faire la grande arête des Etages (voie 10 sur la photo), qui ne m’avait pas laissé un souvenir impérissable. Puis en 1970 cela avait été le Grand Gendarme, cette jolie petite tour de granit qu’on aperçoit très bien de La Bérarde (c’est la voie 11). Là, j’avais pu mieux apprécier ce que le Rouget est capable de proposer en matière de bon rocher. Puis j’étais monté en 74 pour faire l’éperon Girod, la seule voie existante dans la face principale (voie 4), mais ça s’était mal terminé. C’était à la Pentecôte et j’avais fait la bêtise de ne pas prendre de crampons, alors que le bas de la face était défendu par des névés raides et durcis par le gel. Je m’y étais payé une gamelle monumentale à laquelle j’ai déjà fait allusion. C’était bien fait pour moi (mais pas pour Jeef, qui m’accompagnait) et c’est ce qui m’autorise à affirmer solennellement que la connerie n°1 que peut faire un alpiniste en haute montagne est de pas avoir une paire de crampons à demeure dans son sac ! J’ai retenu la leçon (enfin, presque…).
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Légende de cette photo (cliquer dessus pour agrandir). En rouge : les approches. A : depuis le refuge du Soreiller, à pied (+ crampons) - logique. B : depuis le refuge du Soreiller, avec 3 rappels - pas conseillé. C : directement depuis La Bérarde - le plus long et le plus logique, recommandé. Petites flèches rouges : descente du Grand gendarme (à pied, 1 petit rappel).
Flèches jaune : les voies. 1 : Directe 76. 2 : Le Trésor de Rackham le Rouget. 3 : Titine. 4 : éperon Girod. 5 : variante gauche de la Sérénité. 6 : Pilier de la Sérénité. 7 : voie de la Console. 8 : éperon de la Petite Claire. 9 : voie du Tarin Rouge. 10 : arête des Etages. 11 : voie 1970 du Grand Gendarme. 12 : arête de la Tour Jaune.
La photo est de François Labande.

J’ai donc dû attendre 1975 pour mieux visiter les lieux, et c’était encore avec Jeef. Nous avons abordé la Tour Jaune, juste à droite du Grand Gendarme, et tout de suite nous avons été ravis par la belle qualité du rocher et de l’escalade. Nous avons enchaîné tout ce qui nous tombait sous la main jusqu’au sommet, ce qui a donné « l’arête de la Tour Jaune ». Quelle bambée messeigneurs ! Non seulement il y avait dans les 650 m de dénivelée nette, mais il y a avait en plus le kilométrage de l’immense arête faîtière, facile certes, mais offrant des points de vue géniaux.

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Dans la face sud du Rouget. Granitissimo !

C’est elle qui m’a donné envie de revenir. En juillet 76, Jeef était à l’ENSA, donc indisponible jusqu’au mois d’août. Je commençai ma saison avec Jacques Plassiard qui était un peu novice en matière d’ascensions rocheuses, mais qui était partant pour tout… et même éventuellement pour n’importe quoi, par ma faute. L’une des premières courses où je l’ai emmené en Oisans est l’une des pires bouses de ma collection. J’étais agacé par la vision de la grande face de la Véra Pervoz, située à mi-distance entre La Bérarde et l’Ailefroide. J’ai cru que cette grande muraille de 500 m pourrait recéler un itinéraire intéressant. S’il y en a un, ce n’est pas moi qui l’ai trouvé ! La voie que nous avons parcourue là-dedans cumule à peu près tous les défauts qu’il est possible de concevoir : marche d’approche désagréable, rocher péteux, assurage inexistant, absence de tout passage intéressant. Le seul moment agréable a été la descente sur Temple-Ecrins, parce qu’on était débarrassés de cette chose. Bizarrement on m’a demandé ensuite de faire un topo sur cette voie. Un topo ? Comment décrire un truc qui ne ressemble à rien, et d’ailleurs pourquoi ? La seule chose à dire est que le-dit truc a été parcouru et que c’est nul, archi-nul – donc pas la peine de se déranger !

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Jacques, un compagnon vraiment pas compliqué

Heureusement pour Jacques, on a fait d’autres choses un peu moins nulles, comme la SSE du Gaspard (bon, bah…), le pilier Candau à la Gandolière (nettement mieux), la face sud de la Dibona (bien, très bien), une Meije (j’y reviendrai) et une nouvelle voie au Rouget. Là, j’ai visé vers le milieu de la muraille en direction d’une belle tour aux reflets de bronze que j’ai appelée la Tour Murielle (je vois venir les mauvaises langues…). Ce sera la voie 9 sur la photo, dont le bas n’est pas visible : il est occulté par la masse du gros contrefort qui ferme sur sa rive gauche le cirque dominé par le sommet. On y a fait une très belle escalade, avec dans sa partie supérieure un rocher littéralement sublime. J’étais tellement content d’une certaine longueur que, une fois au relais, je me suis penché en arrière pour voir grimper Jacques. Mais j’ai alors fait tomber une petite pierre avec le pied, et j’ai crié « pierre ! ». Jacques a eu le mauvais réflexe : il a regardé en l’air et a reçu le caillou en plein sur le nez, qui s’est mis à saigner mieux qu’à Versailles… Ce n’était pas grave, sauf qu’il en avait partout et que c’était de ma faute (j’aurais mieux fait de me taire, la surprise aurait été pour le casque). Bon garçon comme il est, il ne m’en a pas voulu et c’est pour cela qu’on a appelé la voie « pilier du Tarin rouge », en faisant un jeu de mots sur « Tarin », qui désigne à la fois le pif de Jacques et son origine, puisque c’est un pur Tarin de Tarentaise. Il n’y a pas d’autre explication à chercher à cette appellation…

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Le grand dièdre du Tarin Rouge

De la Tour Murielle, on a une vue de choix sur l’ensemble de la face, qu’on découvre dans sa splendeur et sa complexité. Plus tard un autre amoureux de cette contrée, Jean Gleizes, qui y a aussi fait pas mal de voies, parlera avec raison « d’anthologie de la structure granitique ». [Je n’ai pas signalé ses voies sur la photo pour ne pas l’encombrer, mais il y en a des pas mal.] Presque tout restait à faire et j’avais envie de tout faire, en commençant par la grande muraille très ouverte située à l’aplomb du sommet. Jacques était reparti, et Jeef toujours pas là. J’ai carrément fait la manche au camping de La Bérarde, ce qui m’a donné l’occasion de faire le grand pilier de Bonnepierre au Dôme de Neige des Ecrins avec un Anglais. Une expérience intéressante, ponctuée d’une mésaventure cocasse. Nous étions partis d’un confortable bivouac posé au sommet de la moraine de Bonnepierre, et bien sûr nous avions laissé nos affaires à cet endroit. L’escalade nous avait pris toute la journée (Mortimer était plutôt du genre TER que TGV…), si bien que nous pensions re-bivouaquer au même endroit. Arrivés à notre Capoue, plus rien ! Rien d’autre qu’un morceau de papier placé sous un caillou, nous invitant à récupérer notre bazar au centre de secours en montagne de La Bérarde – ce que nous avons fait aux alentours d’une heure du matin. En fait, les secouristes cherchaient depuis des jours des randonneurs perdus dans le massif, et comme quelqu’un leur avait signalé la présence d’objets abandonnés dans Bonnepierre, ils les avaient emportés pour les montrer aux parents des disparus, aux fins d’identification. Conclusion : quand vous laissez traîner votre matériel de bivouac, n’oubliez pas de mettre avec une notice explicative !

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Bivouac à Bonnepierre. Au large le Rouget fume...

Où en étais-je ? Ah oui, la manche… J’avais fini par tomber sur Marc Chabert, un Marseillais que je connaissais un peu, et qui se montra disponible dans un premier temps. Mais il dut ensuite se décommander, non sans me conseiller de m’acoquiner avec un de ses copains stéphanois connu sous le sobriquet de « Virus ». Je crois bien que lui-même ne sait pas comment il a hérité de ce surnom, mais il le porte avec une certaine fierté. Si notre rencontre a ainsi été le fruit du hasard, je me dois de féliciter ce dernier. Cela fait maintenant près de 30 ans qu’on se connaît, on ne se voit pas très souvent, on n’a pas fait énormément de courses ensemble, mais chaque rencontre, chaque course, est un vrai moment de plaisir. Virus est un type chaleureux, modeste, altruiste, cultivé, intéressé par tout, généreux – et de surcroît un remarquable grimpeur. Pour couronner le tout, il a toujours dans son VW un de ces saucissons de la Haute-Loire qui appelle obligatoirement une ruée sur un Gaillac de derrière les fagots ou un Amboise-Touraine de la meilleure facture.

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Virus. Prises au Mali en janvier 2003, ces images appartiennent à Fred Chevaillot

Quand je l’ai sollicité pour le Rouget, il arrivait de la Dibona et il a suggéré d’attendre un jour. Je lui ai fait remarquer que puisque son sac n’était pas encore défait, il gagnerait à repartir tout de suite. Il a fini par accepter de monter le lendemain, directement de La Bérarde au pied de la face. Ceux qui sont déjà montés par là savent que c’est une des pires marches d’approche de l’Oisans. Heureusement que Virus ne le savait pas encore, sans quoi il ne se serait pas laissé convaincre ! Je sais qu’il ne l’a jamais regretté. Nous avons fait ce jour-là une des plus belles voies que nous ayons jamais faites, sur un rocher absolument éblouissant. Nous avons strictement respecté la règle de la réversibilité, mais nous aurions tué père et mère pour pouvoir piquer la longueur que le copain était en train d’ouvrir ! Ca a donné la « Directe 76 » (la voie 1 de la photo) qui pour moi est une des plus belles du massif, au-dessus par exemple des belles voies de la Dibona. C’est aussi une voie engagée puisqu’il y a très peu de matériel en place et qu’il faut grimper en parfaite autonomie. Depuis est apparue tout près la seule voie « moderne » (c’est-à-dire équipée) de la face, « Le trésor de Rackham le Rouget » à laquelle j’ai participé avec Jean-Michel Cambon et Jean Saéz. C’est aussi une voie magnifique, mais comparativement avec un faible engagement. Si je devais donner humblement un conseil, je dirais qu’il faut faire les deux et que s’il faut en choisir une, c’est la Directe qui a le plus de gueule. Mais c’est évidemment un point de vue complètement subjectif…

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Virus au début de la quatrième longueur (si je me souviens bien...)

Je ne pouvais pas en rester là. Vers la fin de la saison, je suis remonté là-haut avec James Chevallier et un autre copain de Marc Chabert, Michel Richard, pour dire deux mots à l’un des piliers situés entre la Directe et la Tour Murielle. Ca a donné le « Pilier de la Sérénité » (voie 6), un nom qui en dit assez sur notre état d’esprit et le plaisir que nous avons éprouvé. Celle-là aussi est une voie superbe, pas totalement autonome puisqu’elle finit par rejoindre les dernières longueurs de la voie Girod, qui sont d’ailleurs les plus belles de cette voie. Cette éperon est couronné par une haute tour à la tête arrondie que j’ai ultérieurement baptisée « Tour Christine », une appellation que l’IGN a portée sur ses cartes. Michel Richard était là spécialement pour prendre des photos, mais il s’est planté dans le réglage de la sensibilité si bien que je ne peux en présenter aucune, sauf à vouloir faire croire qu’on a grimpé en nocturne…
Je n’en avais pas fini avec le Rouget. Je suis revenu entre 1980 et 1983 pour faire une variante au Pilier de la Sérénité (plutôt moins bien), et deux autres éperons voisins l’un de l’autre : la voie de la Console et l’éperon de la Petite Claire (pour ma fille), les deux fois avec Marc Séraphin. Chacune des deux a des longueurs superbes, et on peut les combiner en prenant le début de la Petite Claire, puis la Console, pour obtenir là aussi une voie qui mérite le voyage – avec des longueurs parfois très exposées.

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Le "finale" de la voie de la Console, dans la face de la Tour Christine

Je ne sais pas combien de fois j’ai pu grimper au Rouget. Beaucoup. Il y a des voies que j’ai refaites avec voracité, notamment la Console. C’est un lieu exigeant, ne serait-ce que par la longueur des accès et le côté pas commode des descentes (sauf pour Rackham). Mais c’est un lieu magique, et s’il n’y avait la Meije ou le Pic sans-Nom, je dirais que c’est le plus beau des cadeaux que m’a fait l’Oisans généreux.

Autres photos de la Directe 76 et de la voie de la Console

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02 août 2005

En route pour de nouvelles aventures

En 1976, je m’étais imposé une sorte de retraite à La Bérarde, que je n’avais pratiquement pas quittée pendant près de deux mois. J’avais besoin de faire le point sur tout un tas de choses, sur la montagne comme sur le reste. Je ne savais pas encore que c’était en fait le point de départ d’une série d’années particulièrement fastes, comme si j’entrais dans une nouvelle vie. C’était d’ailleurs véritablement le cas si l’on considère les évènements survenus en 1980. Non, je ne fais pas allusion à ma découverte des Pyrénées ni à ce qui se passait en Pologne à la même époque (le soulèvement des chantiers navals de Gdansk, début du commencement de la fin du bloc de l’Est). Je veux plutôt parler de ce qui était arrivé le 10 mars de la même année, quand j’avais été enseveli sous une avalanche en compagnie de Christine, ma compagne.

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L'article du Dauphiné Libéré sur notre avalanche... Avec les sottises de rigueur, du style de la "plaque avant" (il est vrai qu'on avait été pris "par derrière" !)

Nous y avions passé une bonne paire d’heures, et lorsque le chien Rex, connu jusque-là pour être le Rantanplan du secours en montagne de Bourg-St-Maurice, avait pour la première et dernière fois de sa carrière mérité un nonos d’honneur, nous étions dans la zone des 3 % qui survivent à un ensevelissement prolongé. Nous n’étions pas très frais, ou plutôt si, nous l’étions tellement (vers les 27°C…) que nous n’étions plus en mesure d’apprécier la chance que nous avions eue d’être en excellente forme physique, d’être très chaudement habillés, d’avoir bénéficié du sang-froid et des performances athlétiques de Pierre d’Alboy (qui avait plusieurs raisons d’être sur les lieux…), d’avoir été trouvés à temps par le PGHM de BSM, puis pris en mains pendant 5 heures par le personnel de l’hôpital de Bourg. Ce jour-là, nous étions repartis pour un tour, ce qui me permet de dire qu’aujourd’hui je n’ai que 25 ans (lire). Nous avons arrosé ça tout de suite. Et onze mois plus tard, ce fut la naissance de Claire qui avait fait le voyage des Pyrénées dans le ventre de sa maman.

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Claire et Christine, quelques années plus tard...

Ah, si j’avais su tout ça en 76 ! J’allais donc abandonner ma vie de vagabond célibataire, faire un aller et retour chez St-Pierre et devenir papa. A côté de cela, les autres changements pourront paraître mineurs, mais il ne sont pas dénués de signification. Ainsi il y a eu deux longs voyages aux Etats-Unis, ponctués par la découverte des big walls californiens et coloradiens. Je suppose qu’il faudra en reparler. Pour l’heure, je dirai seulement que j’en ai gardé un souvenir formidable même si j’ai réalisé la performance rare de mettre un but dans chacune des deux parois reines du Far West : El Capitan en 1977 et le «Diamond» de Longs Peak en 1979, les deux fois pour des raisons climatiques. Fallait le faire !

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Avec Bernard Amy et Jeef à Satolas, en 1977. Nous partons à la conquête de l'Amérique !

En même temps j’avais commencé à diversifier mes activités et à devenir plumitif. J’avais publié un premier bouquin sur la Savoie, et j’étais entré au comité de publication de la revue du CAF, La Montagne & Alpinisme (LMA). J’y côtoyais un certain Bernard Amy que j’avais commencé à fréquenter à Grenoble auparavant, et avec qui j’allais entretenir des relations diverses, prolongées, amicales, concurrentielles, fraternelles, conflictuelles et indispensables. Au chapitre des « vieux couples infernaux », je pense que nous devons être assez bien placés.

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Bernard en train d'essayer de s'arracher les genoux dans le "Wilson Overhang" à la voie Steck-Salathé de Sentinel Rock (Yosemite)

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Le style de Jeef, à l'attaque de la voie Salathé au Capitan, est plus aérien...

A la rédaction de LMA, je rencontrais aussi Jean Bocognano qui avait pris la revue en mains en 1975 en lui appliquant une volonté de profond renouvellement. Il faudra aussi que je reparle de cet homme raffiné et sensible, disparu trop tôt en 1982. C’est lui qui me demanda de m’occuper particulièrement de la protection de la montagne, et c’est comme ça que j’ai mis le bras dans un engrenage dont je ne suis plus sorti, pour le meilleur et pour le pire. En revanche, je suis sorti assez vite de ce comité de publication, en compagnie de Bernard et de Jean, pour cause de conflit politique majeur avec la direction du CAF, laquelle nous considérait comme d’affreux révolutionnaires. En 1977 la rupture était consommée et nous avons démissionné avant d’être virés. Du coup nous avons reporté notre prurit d’écriture, d’insolence et de non-conformisme sur notre propre revue – ainsi est né « Passage », pour une aventure qui allait durer 5 ans et 7 numéros. Ce n’est pas long, mais comme on en parle encore dans les chaumières, je me dis que ça n’a pas été sans portée. Et cela n’a pas été le moindre aspect de mon changement personnel.

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Le numéro 5 de "Passage" comportait une édition de luxe, sous jaquette blanche, avec une lithographie de Barbara Davis imprimée recto-verso, avec un fil rouge cousu à la main... Le titre : "Bound to the earth"... que je ne sais pas bien comment traduire. Attaché(e) à la terre ?

Ca fait déjà beaucoup de choses. J’y ajouterai encore ma conversion au ski de randonnée, découvert sur le tard grâce à mon ami Bilou (Jean Orcet). J’ai longtemps été un médiocre skieur, ne pratiquant la randonnée que de façon très épisodique. Puis je suis tombé (comme beaucoup) dans l’engouement pour le ski de fond, au point de m’y enfermer quelque peu. Cela m’a permis parfois de faire de belles choses, par exemple une superbe traversée des montagnes de la haute Ardèche et des Cévennes en février 1973. Et puis quelques grandes courses renommées, comme la Marcialonga, la Vasaloppet ou la Finlandia. Mais je n’étais pas très doué pour cela, et puis ce genre de compétition devient très vite une impasse. C’est Bilou, lui-même très fin skieur et chaleureux compagnon, qui a fini par me persuader que je gagnerais beaucoup à me tourner vers la randonnée, qu’il pratiquait d’une façon encore peu répandue.

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Bilou au Charbonnel

A cette époque on en était toujours au ski « de printemps ». Bilou faisait partie des rares qui partaient en montagne dès novembre ou décembre, et qui jouissaient ainsi d’une montagne extrêmement peu fréquentée, souvent vierge. Quand je compare avec la situation actuelle, je me dis que cette période a été magique et qu’on ne retrouvera plus jamais dans les Alpes les bonheurs qu’on a goûtés alors, quand la montagne hivernale « nous appartenait ». Mais c’était avant que les stations ne bouffent une part immense de l’espace montagnard (ça continue plus que jamais !), tandis que le nombre des adeptes du ski de montagne a explosé dans les années 80-90. Cent fois plus de monde dans une peau de chagrin, inévitablement ça change tout. Finalement, je suis content que ma fille n’ait jamais eu envie de faire du ski de rando, tant je trouve maintenant son goût frelaté…

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Bilou au col des Aiguillons, en Lauzière. Au large, le Grand Pic. Le tout vierge de traces... C'était vers 1976...

En attendant, il m’aura aussi permis de multiplier le nombre de mes partenaires de montagne, les jeunes et les moins jeunes. J’ai déjà parlé d’Olivier Comerson et de James Chevallier, les inséparables, qui m’ont très souvent accompagné dans ces années, hiver comme été, jusqu’en Corse, dans les Dolomites ou même au Colorado. C’étaient eux aussi des skieurs de première, et en plus pas regardants sur la façon de faire. J’ai fait avec eux des courses hors catégories, à faire hurler les tenants des canons institutionnels !

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Olivier et James, lors d'une fameuse descente du Dôme de Chasseforêt sur Termignon

Parmi les nouveaux venus je ne peux évidemment oublier Jacques Plassiard, qui était alors curé à Bourg-St-Maurice et qui estimait qu’une part importante de son rôle consistait à connaître les haute Tarentaise jusque dans ses moindres recoins. Par la suite il a exercé son ministère à Beaufort avant d’échouer à St-Bon (Courchevel), sans se départir de ce mélange d’humour, d’hédonisme et d’humanisme qui fait de lui le plus parfait des compagnons, indépendamment de toutes les divergences philosophiques imaginables. C’est d’ailleurs avec lui que j’ai véritablement frappé les trois coups de cet été 76, qui allait être celui des trois Rougets et des trois Meijes, et aussi de ma rencontre avec Virus.

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Jacques Plassiard à la Clavettaz (Versoyen). En arrière, sur la gauche, le Beaufortain avec l'Aiguille du Grand Fond
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Montée vers le Dôme de la Sache, Jacques devant !

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