La montagne c'est pointu

Les élucubrations du Chaps

30 novembre 2005

La face sud de la Meije

Après la face nord, voici la face sud de la Meije dans son état actuel... si toutes mes informations sont à jour [Meije_face_sud.pdf]. Le principe est le même que pour la face nord : les voies sont classées dans l'ordre chronologique. Les dernières ouvertures remontent à 2000-2001, dans les styles les plus opposés qui soient : le rocher pur, la glace extrême. Durant l'été 2000, en plein mois de juillet, Jean-René Minelli a trouvé le moyen d'ouvrir une très belle goulotte dans la face sud de la Meije Orientale, très à gauche de l'aplomb du sommet. Il était accompagné d'un client et de Fred Chevaillot. Ca a donné La Route de la chance (350 m, IV/5+). De fait il en fallait, de la chance, mais aussi le coup d'oeil qui permet de repérer à la fois la ligne et le moment propice...

routedelachance
Sur cette photo prise du Pic N des Cavales, on voit la totalité de la goulotte.
Le topo est tiré de Montagnes-Magazine (n° 241).

L'autre ouverture est due à Christophe Moulin, accompagné de Fabrice Susset. C'est la voie Mitchka, tracée à l'extrême-droite de la muraille qui soutient le Glacier Carré (donc juste à gauche du Dossier du Fauteuil). Moulin la présente comme une escalade absolument exceptionnelle (il la compare aux plus belles voies du Grand Capucin...), avec 2 longueurs sous le Fauteuil, et 9 entre le Fauteuil et la vire du Glacier Carré. Le topo est sur le site de la FFME. En 2001, Moulin et Susset se sont arrêtés à la vire, en annonçant une suite dans la partie supérieure pour l'année suivante. Il semble en fait que cette deuxième partie n'ait pas vu le jour... Du reste, on peut penser que la configuration des lieux rendra difficile l'existence d'un cheminement de même niveau indépendant de la voie Cambon-Ravel. Affaire à suivre... Notons que cette voie est partiellement équipée de goujons. Pour autant, Moulinos n'a pas été convoqué devant les tribunaux de la Sainte Ethique. Est-ce le signe d'une évolution ?

muraillesud
Ici on ne voit que la partie située au-dessus du Fauteuil. Mitchka s'élève un peu à droite des coulées issues du Glacier Carré. Il y a là une muraille bien baveuse, rigoureusement verticale, avec des stalactites qui pendouillent : un pied-de-nez à l'adresse des glaciairistes du XXIIe siècle ?

Il est clair que la question de la "place qui reste" se pose de plus en plus. L'image d'ensemble montre assez clairement qu'il y a encore trois zones de la face sud où subsistent des possibilités... du moins en théorie. Je vous les laisse trouver. Reste bien sûr à s'interroger sur leur pertinence, leur intérêt, leur faisabilité, et sur les chances d'en sortir intact !

meijesudtraces

Les topos présentés ici et pour la face nord sont les derniers en date. Je suis frappé par leur côté peu détaillé, presque sommaire, qui contraste avec la sophistication qu'on a connue à une certaine époque. Y aurait-il une sorte de retour aux sources ? On peut se le demander en observant par exemple le dessin suivant, qui est le premier "topo" de toute l'histoire de la Meije. Il est dû à Georges Leser, qui fut l'un des pionniers de l'alpinisme dans le Dauphiné à la grande époque. Il est paru dans l'Annuaire du CAF de 1885.

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Les lettres indiquent les principaux repères de la voie normale. Le refuge du Promontoire n'est pas indiqué, puisqu'il n'existait pas encore ! On observe que le cheminement de la muraille Castelnau (tronçon D-E) est très imprécis. La digitation de droite correspond à la "variante" Pilkington. Malgré ses imprécisions, il ne manque pas de finesse documentaire. En matière de schéma simplifié, on pourra trouver mieux (ou pire), comme le montre  ce dessin qui figure dans un petit ouvrage de Jean Save de Beaurecueil intitulé "Montagne d'été". Publié juste après la guerre, il "décrit" 20 courses en Oisans et à Chamonix, dont la traversée de la Meije, avec pour viatique ce simple dessin :

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Je laisse le mot de la fin à cette photographie de Daniel Chalonge, qui fut un alpiniste très actif des années 1920-1930, en même temps qu'un excellent photographe. J'en profite pour signaler que sa fille Karen a publié un livre extrêmement intéressant à partir des archives de son père, avec pas mal de bonnes reproductions photographiques (Les Hautes Routes d'antan, Récits et itinéraires, 1915-1930).

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Cette photo, qui a également été publiée à plusieurs reprises par La Montagne, est tirée de ce livre. Si ce bouquin vous intéresse, vous pouvez vous adresser à Karen J. Chalonge, 7 rue Le Dantec, 75013 Paris, ou à Fred Chevaillot à St-Christophe-en-Oisans.

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27 novembre 2005

La face nord de la Meije

Ma denière incursion dans la face N de la Meije remonte à 1997, quand j'ai fait le couloir en Z. Ca commence à dater... A cette date, la configuration de la face était "stabilisée", puisque les dernières voies ouvertes remontaient à 1994 (les deux voies de mixte de Christophe Moulin dans la face nord-ouest). Les autres événements récents avaient été l'hivernale du même Moulin en 1992 (enchaînement solitaire hivernal des faces N du Râteau, de la Meije et du Gaspard), et la descente à skis du couloir Gravelotte par Tardivel en 1997 - une descente pas tout à fait intégrale, puisque Tardivel n'avait pas pu franchir la rimaye à skis. Mais enfin, on ne va pas faire la fine bouche !
En cette même année 1997, Cyrille Copier et Toni Clarasso avaient commencé une voie nouvelle au beau milieu de la face nord-ouest dont ils avaient parcouru un premier quart. Il a fallu attendre l'été 2005 pour que cette "directissime" soit terminée, avec d'autres protagonistes : Cyrille Copier et Jean-François Etienne (alias Gepetto)ont fait en janvier 2005, avec 2 bivouacs, la majeure partie de la face, avec une dominante de mixte. Le tout a été terminé en juin par les mêmes, plus Bernard Gravier, avec une sortie qui rejoint la voie normale au Cheval Rouge. Le topo a été présenté dans Montagnes-Magazine d'octobre 2005 (n° 298, p. 94). C'est celui-ci.

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Le compte-rendu indique une dénivelée de 1000 m. Peut-être faut-il comprendre plutôt "développement", car la rimaye est à plus de 3150 m d'altitude, ce qui laisse une dénivelée réelle de 835 m... C'est quand même la plus longue des voies de la face N.
Il m'a paru intéressant d'essayer de faire le bilan, 135 ans après la réussite de la cordée Coolidge sur la face N du Pic Central. C'est pourquoi je propose ce schéma (Meije_voies_face_nord.pdf) des voies de la face nord, ou plutôt des faces nord et nord-ouest, classées selon les dates. C'est assez éclairant, car on voit bien se succéder des types différents d'approche (et donc de condeption de l'alpinisme). Dans un premier temps (1870-1933), on cherche les cheminements glaciaires les plus simples (façon de parler...). Deuxième temps (1947-1971) : on recherche des itinéraires essentiellement rocheux. Troisième temps (à partir de 1971, et surtout à partir de la voie Roux-Saadi de 1976, très audacieuse pour l'époque) : c'est l'avènement du mixte, avec 2 étapes imposées par les mutations du matériel et des techniques, l'inflexion pouvant être placée autour de 1985 ("Salsa pour trois étoiles"). Incontestablement, la voie de 2005 comble une lacune importante. Y aura-t-il un quatrième temps ? meije_n1

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23 novembre 2005

L'Aigle : un symbole ou une attraction ?

Toujours l'affaire du refuge de l'Aigle... Dans le dernier numéro de Montagnes Magazine (le n° 299, paru au début de ce mois), les guides de La Grave expliquent de façon détaillée pourquoi ils approuvent le projet du CAF de Briançon : construction d'un nouveau refuge sur le site de l'ancien, démontage de ce dernier pour le réamplanter au sommet du téléphérique des Glaciers de la Meije - et rejet de l'idée de construire le nouveau refuge en aval de la vire Amieux. [Voir le texte intégral: Texte_Montagnes_Mag_299.pdf.]
Leur argumentation peut susciter à la fois l'adhésion... et l'étonnement. Adhésion quand ils plaident "pour l'alpinisme classique" et qu'ils disent vouloir "assumer l'héritage des pionniers".Mais étonnement, lorsqu'ils disent aussitôt que pour assumer cet héritage, il convient de remplacer l'ancien refuge par un nouveau. Je sais bien qu'à Florence, la statue de David qu'on voit devant le Palais des Offices n'est qu'une copie, et que l'original est à l'abri des intempéries. Mais du moins l'illusion existe... Tandis que là, si on retire la cabane de l'endroit où elle se trouve, elle n'y sera plus ! Et stupéfaction lorsqu'ils affirment que la meilleure façon d'utiliser l'ancien refuge comme "témoignage d'un patrimoine local exemplaire" consiste à le placer... là où ce patrimoine a subi sa plus totale dégradation !

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Ils argumentent en disant que l'ancien refuge ne peut plus répondre à la demande, compte tenu de la nature des pratiques actuelles, et compte tenu de sa difficulté d'accès. C'est justement pour cela que l'on soutient l'idée d'un deuxième refuge, plus vaste, plus confortable, plus facile d'accès et plus conforme aux pratiques actuelles, du genre voie normale de l'Orientale ou du Doigt de Dieu. Ici, j'ai du mal à comprendre. Suis-je complètement obtus ?
Enfin, ils nous disent que le site du téléphérique s'impose pour accueillir la vieille cabane parce qu'il s'agit d'un milieu "cohérent et accessible à tous". Cohérent, je veux bien, mais cohérent avec quoi ? La seule cohérence que je vois en ce qui concerne l'Aigle, c'est son lien avec la Meije. Le déplacer, c'est rompre ce lien. Ou alors, il faut déplacer la Meije avec... Tiens, c'est une idée... Faisons donc la suggestion suivante : OK pour le démontage de l'Aigle, OK pour l'installer au sommet du téléphérique, et pendant qu'on y est, mettons-y donc aussi la Meije, ou à défaut une réplique en béton, de telle sorte que les braves gens qui auront payé leur montée en aient pour leur argent. On pourrait même y installer une via ferrata, et comme ça l'illusion sera complète: la Meije comme si vous y étiez, et sans vous fatiguer, m'sieurs-dames... Au fond, n'était-ce pas déjà ce qu'on avait voulu faire avant la guerre, avec le premier projet de téléphérique ? Si l'on doit jouer la carte St-Trop' ou Mont-St-Michel, autant la jouer à fond, non ?

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Je ne sais pas pourquoi, mais ça me fait penser à ce livre publié en 1990 par un gars qui avait passé 93 jours sans désemparer à l'Aigle, 93 jours de méditation entre novembre et janvier. Ce n'est pas le genre de littérature qui me séduit beaucoup (c'est du style mystico-ésotérique), mais ce qui m'accroche c'est simplement le titre : la Solitude de l'Aigle. La solitude, le téléphérique : cherchez l'erreur...

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Calme-toi, Chaps, tu es en train de te faire du mal... Au point où j'en suis, j'aimerais bien recueillir des réactions et des avis !

tabuchet

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22 novembre 2005

Avant la neige...

Avant l'arrivée de la neige, annoncée pour vendredi, il faut se dépêcher de jouir des dernières belles journées de ce généreux automne. Du coup, j'ai eu envie de vous faire profiter de ces lumineux moments en vous adressant ce 360° fait samedi au sommet du Grand Arc. En fait, j'ai dû le couper en 3 pour que ce soit un peu mieux visible...  
1_bauges
2_tarentaise
3_maurienne
Le Grand Arc (2484 m) est la montagne qui domine le confluent Arc-Isère, juste au nord de celui-ci. C'est aussi la montagne au pied de laquelle j'habite (d'ailleurs, on voit ma maison sur l'image...). C'est une grande classique pour toutes les formes de randonnée, en particulier à skis à partir de Montsapey. En fait il existe plein d'autres façons de le parcourir à skis... mais chut !
Cet ensemble montre pratiquement la totalité des Alpes de Savoie, en partant du sud et en tournant par l'ouest (photo Bauges), le nord (photo Tarentaise) et en revenant par l'est et le sud (photo Maurienne). La photo 1 commence avec le Petit Arc au premier plan et la Chartreuse au loin, puis montre toutes les Bauges (on voit Albertville), et va jusqu'aux autres sommets du chaînon du Gd-Arc (La Thuile, la Dent du Corbeau). La photo 2 repart du même endroit, montre le Mont-Blanc, les cimes enneigées du Beaufortain, le Gd Combin dans le lointain, la Vanoise (moins enneigée), et s'achève sur la chaîne proche de la Lauzière (du Bellacha à Combe Bronsin). La photo 3 reprend la totalité de la Lauzière, passe sur l'entaille brumeuse de la basse Maurienne avec très loin au sud-est quelques sommets de l'Oisans (la Meije, la Muzelle), l'Etendard suivi de la masse confuse de Belledonne (pas gâtée par le contre-jour et la perspective), enfin au-dessus des brumes grenobloises quelques hautes crêtes du Vercors (y compris le Mont Aiguille).
Rebelote aujourd'hui, cette fois sur les "Balcons de l'Arly", sur la retombée méridionale des Aravis (exactement à Praz Vechin, sympathique destination pour lève-tard). Là, je ne pense pas nécessaire de faire les présentations... balconsarly
En avant du mont Blanc, on voit dans les alpages les stations du Val d'Arly (ND de Bellecombe, Crest Voland, Les Saisies).  Comme elles sont à moins de 1500 mètres, elles n'ont pas encore de neige, ce qui n'est pas anormal pour un 22 novembre. De toute façon, ça ne va pas tarder.
Quoique... Regardons ça d'un peu plus près...

crestvoland

Quelles sont ces marques blanches ? Le Petit Poucet reformaté en Hyper Poucet ? Bien sûr que non : les canons, vous dis-je, les canons à neige ! Ils ne peuvent donc pas attendre vendredi ? Non, ils ne peuvent pas... C'est comme ça, ça finira pas passer dans les proverbes : en avril, ne te découvre pas d'un fil ; en novembre, fais donner l'artillerie (je sais, ça ne rime pas, mais j'ai rien trouvé). Belle illustration d'un modèle d'économie touristique tellement artificialisé qu'on ne recule devant aucun gaspillage. Car le canon à neige peut magnifiquement symboliser le top du top en matière de gaspillage : tout y passe, l'argent, l'énergie (denrée inépuisable, comme chacun sait, et pas coûteuse !), l'eau (on en a trop, c'est évident), les paysages (c'est si mignon, les canons dans les alpages, même qu'on peut ensuite les décorer en sapins de noël, ou y faire de l'acro-branche...). Mais le pire, c'est aussi le gaspillage intellectuel que ça induit. Car à force de se persuader qu'il ne peut exister d'économie touristique autrement qu'au prix d'un viol frénétique de l'environnement, on finit par être incapable d'imaginer la moindre alternative. Pourtant, le changement climatique en cours a une très grande vertu: il nous met au défi de mobiliser la seule ressource totalement disponible, gratuite et inépuisable: l'intelligence humaine. On le fera ou on ne le fera pas, mais on peut le faire (et c'est pareil pour les problèmes des banlieues, par exemple). Et c'est pourquoi je vous propose de crier en choeur : Vive le changement climatique !

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18 novembre 2005

La Meije et moi, acte VIII

Dernier tango à la Meije

   Mine de rien, je suis en train d’arriver à un moment critique : celui où ma petite histoire personnelle ne me procure plus beaucoup de sujets plaisants, du moins en ce qui concerne l’alpinisme. Après le temps des premières, voici donc venu celui des dernières… C’est arrivé plus vite que je ne l’aurais cru. En effet, après quelques mois de rodage assez difficile, j’avais assez bien surmonté l’épreuve des prothèses de hanche. Il paraît même que ça impressionnait la galerie ! Mon chirurgien avait été ravi quand je lui avais donné le topo de mon « Concerto pour instruments à hanches», au Creux Noir. Et dans le deuxième bouquin de Minelli et Chevaillot, les Ascensions choisies des Ecrins, on me voit photographié dans Granitude avec la légende suivante : « Mais où s’arrêtera-t-il?» (le livre est sorti en 2001, mais cette photo datait de 1999). Eh bien la réponse aurait pu être : « Là, justement… »

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Les petites Aiguilles de l'Argentière, versant nord (vallon de la Croix). Au centre, le Coup de Sabre du Piniollet. Sur sa gauche, l'aig. Capdepon. Sur sa droite, la Pte Elizabeth, l'aig. de la Combe et l'aig. Reynier.

Ca a commencé par un sale coup en septembre 99, par un de ces jours où on ferait mieux de rester chez soi, un jour de ciel tourmenté et sombre brassé par un foehn agressif. J’étais sorti avec deux amis dans les Aiguilles de l’Argentière, près du col du Glandon. C’est un de mes coins préférés de Savoie, mais aussi le pire endroit par jour de tempête. De petites averses sporadiques nous avaient détournés de l’aiguille St-Phalle, aussi nous étions-nous contentés d'un col anonyme. En redescendant (un peu trop vite) dans le chaos de la Casse de l’Argentière, j’ai basculé sur une dalle instable et je suis allé m’encastrer dans une véritable trappe tapissée de blocs anguleux à souhait. Ma jambe gauche s’y est plantée en vibrant comme un arc qui se détend, et j’ai ressenti une douleur fulgurante au genou. Il a fallu m’évacuer en hélicoptère, au prix d’un vol rendu homérique par le foehn qui refoulait l’appareil vers le haut, tandis qu’il essayait de descendre sur l’hôpital de St-Jean-de-Maurienne en faisant des sauts de carpe. On m’a soigné pour une entorse du genou alors que j’avais une fracture du plateau tibial. Mais celle-là, on ne l’a découverte que plusieurs semaines après en faisant une IRM. Entre temps les dégâts étaient consommés – ils le sont toujours !

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Les Grandes Aiguilles de l'Argentière, versant sud. Photo prise le 12 juin 1998... L'Aiguille St-Phalle est au centre de l'image.

Non content d’être devenu claudiqueux, j’ai cru malin de faire une entrée remarquée en cardiologie. A vrai dire ça faisait un moment que j’éprouvais des difficultés à évoluer à haute altitude. C’est ainsi que juste avant cet accident j’avais fait l’arête de Miage au mont Blanc, ou plutôt vers le mont Blanc, puisque j’avais dû abandonner au Dôme du Goûter, pendant que P’tit Jack et Sylvain filaient en galopant jusqu’à la grosse motte. C’était curieux, puisque dans les années précédentes j’avais collectionné sans problèmes les 4000 suisses. Maintenant, il y avait comme une barre.

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Sylvain (glagla !) et P'tit Jack à l'aiguille de Bionnassay, avant les aurores. Derrière, les Aiguilles de Trélatête.

Je me suis carrément cogné dedans en 2001 et notamment dans une traversée de la Meije que j’ai terminée dans un état d’épuisement sans pareil. Je l’avais imputé au fait que cette traversée s’était assez mal passée à partir du Grand Pic. Notre cordée de trois s’était retrouvée coincée dans la descente sur la Brèche Zsigmondy, puis dans la traversée en face nord, par une cordée-ventouse qui faisait à peu près n’importe quoi. J’avais bien essayé de passer devant, mais cette fois c’était mon propre second qui craquait, saisi par une intense pétoche. Heureusement que P’tit Jack, en troisième position, tenait le coup avec sa placidité habituelle ! Mais là, j’ai expérimenté ce qui doit être le cauchemar des guides, un compagnon qui perd ses moyens et les pédales sur une arête où on n’a pas d’autre solution que d’avancer quand même. J’ai assuré le coup jusqu’au moment de se décorder, tout près du refuge de l’Aigle. Là, je me suis senti liquéfié au point que j’ai dû m’arrêter plusieurs fois pour faire la minuscule remontée qui mène au refuge.

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Les hallucinations commencent : la Meije est rose... De là à y trouver des éléphants !

J’étais surpris par cette fatigue inouïe. Naturellement il ne m’est pas venu à l’idée que je puisse être en train de préparer un problème cardiaque. Je voulais passer la nuit au refuge, mais le gardien a insisté pour que je descende en bas : il y avait encore des cordées à la traîne sur les arêtes, et il attendait des gens qui venaient depuis le bas pour s’offrir une nuit en altitude (maudits soient-ils!). Je suis donc descendu quand même, non sans éprouver à nouveau de la difficulté à remonter la vire Amieux. Mais qu’est-ce que j’avais pu faire à la Meije ?

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Quand le CAF fait de la pub pour ses refuges... Ici il s'agissait du Promontoire.

J’ai remis ça le mois suivant, en pleine tourmente historique. Le 11 septembre 2001, au moment précis où une catastrophe sans nom s’abattait sur New York, je montais avec Fred Chevaillot et un autre photographe au refuge des Ecrins. Le but était d’aller le lendemain à la Barre pour une longue séance photographique. Nous n’avons rien su le jour même de ce que était en train de se passer, et je vous garantis que le fait de l’apprendre avec un jour de retard a été un atterrissage d’une brutalité sidérante. Bref. Le lendemain, dans la pente glaciaire des Ecrins, je m’étais à nouveau retrouvé dans un état complètement anormal. J’avais capitulé à la Brèche Lory. Laissant mes deux compagnons filer vers la Barre, j’étais allé seul jusqu’au Dôme de Neige : ses 35 pauvres mètres de dénivelée ont bien dû me coûter une dizaine de minutes et autant de pauses. Quant au retour jusqu’au Pré de Madame Carle, jamais il ne m’a paru aussi interminable.

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Au col de la Roche Faurio

Un peu plus tard je suis allé grimper à la Grande Val, près de Courchevel. C’est une sympathique falaise de cargneules en bordure du beau vallon qui mène aux lacs de Merlet, miraculeusement préservé des cochonneries de Courchevel. Je prenais plaisir à évoluer sur ces dalles raides et richement alvéolées, jusqu’au moment où l’escalade est devenue beaucoup plus athlétique. Alors j’ai senti jaillir derrière mon sternum une douleur inconnue, angoissante, féroce. J’ai quand même fini la longueur. Au relais, ça s’est un peu calmé. Il restait une longueur pour finir la voie : je l’ai faite, pour voir. J’ai vu, ou plutôt j’ai sentu ! Il a bien fallu me décider à consulter la faculté. « On se s’affole pas », m’a dit ma toubib, qui a quand même parlé d’angine de poitrine et m’a dit d’aller voir sans tarder une cardiologue. « On ne s’affole pas, m’a-t-elle dit, mais il faut vite faire une coronarographie, et s’il y a un tuyau bouché, un simple clic et hop ! c’est l’affaire de 24 heures ». Va pour la coronarographie. Et là : « Désolé monsieur, c’est bouché en 3 endroits et on ne peut pas y accéder. Pas de clics possibles : il faut un triple pontage ».

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Le clocher des Ecrins, vu depuis le pilier de Bonnepierre. Une montagne qui s'écroule...

C’était donc ça. On m’a expliqué que je devais m’estimer heureux de n’avoir pas fait un infarctus sur les arêtes de la Meije. Ah oui, j’aurais eu bonne mine avec mon zozo paniqué, ou tout seul sur le Dôme des Ecrins ! On m’a dépoitraillé la veille de mon anniversaire. Oh, j’ai été superbement bien soigné. En rééducation aux Petites Roches, j’avais vue sur les brouillards du Grésivaudan et les cimes enneigées de Belledonne. Quand j'allais dehors, je voyais juste au dessus les parois jaunes et grises de la Dent de Crolles et des Rochers du Midi : cet univers avait autrefois été le mien, et maintenant les rôles étaient inversés !

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La Pointe d'Amont du Soreiller et la Meije

Glissons. Là-haut, les infirmières me disaient : « Vous verrez, vous pourrez sans problème faire votre jardin… » De fait, la pompe fonctionne de nouveau à merveille. Mais le jardin où j’aurais rêvé de pouvoir retourner a semblé brusquement s’éloigner pour de bon, car il a des exigences que je ne peux plus satisfaire complètement. Je suis pourtant remonté une fois à la Meije : c’était le 10 août 2003, en aller et retour par la voie normale. Je n’avais fait cela qu’une fois ! Depuis, je n’ai pas remis les pieds dans les Etançons : tout y est si grand, si long, si éprouvant… Etait-ce donc là ma dernière Meije ? Le Père Gaspard avait fait la sienne à 78 ans. Je me demande si j’arriverai à faire aussi bien…

autochrome
La première photo en couleurs de la Meije, faite par Emile Piaget sur autochrome Lumière et publiée par la Revue Alpine (CAF de Lyon) en 1914.

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14 novembre 2005

Encore une digression

Bien que cette photo ne soit pas bien bonne, je ne résiste pas au plaisir de la présenter. Voilà ce qu'on peut voir actuellement de la fenêtre de mon bureau : chaque jour, cette vache vient conter fleurette aux deux moutons de notre voisin. La photo est prise au petit matin, avant l'arrivée du soleil. Je tâcherai de faire mieux une autre fois.

vache_amoureuse

Cette autre photo (celle qui suit), ça fait longtemps que je voulais la faire. Il était temps : la chose commence à s'effacer. Cette saloperie s'affiche à 1735 m d'altitude, au-dessus du village de Celliers, en Savoie, dans le vallon qui mène au Rognollet.

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Eh oui, c'est une croix gammée ! Elle "décore" le socle d'une prise d'eau. Je l'avais repérée depuis longtemps et je l'avais signalée à un élu local, qui apparemment n'a pas cru nécessaire de la faire enlever. Il est vrai que l'endroit est surtout fréquenté par les skieurs de randonnée, lesquels ne la voient pas forcément... Entre l'hiver et le printemps, ce sont pourtant des centaines de personnes (des milliers ?) qui passent à côté.

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Ce qui saute aux yeux, c'est qu'elle a été peinte avec la même peinture que le couvercle de la prise d'eau, sans doute par celui qui avait déposé cette barbouille. Quelqu'un de la DDE d'Aigueblanche, dont dépend Celliers ? Allez savoir... En tout cas, cela rappelle simplement que la montagne n'est à l'abri de rien...

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...Même si elle se met en quatre pour récompenser le promeneur solitaire...

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12 novembre 2005

La Meije et moi, acte VII (2ème partie)

La dernière première

J'ai visité les dalles de la Grande Aiguille de droite à gauche, en constatant que plus on va à gauche, plus le terrain est couché et disparate (prière de n'y voir aucune prise de position politique, hein!). Ca ne veut pas dire que ce soit moche: le rocher est toujours très bon, et on rencontre par moments de fort belles longueurs. C'est seulement la continuité qui s'évanouit, et puis si ça continue on finit par se retrouver dans le grand couloir.

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Les dalles nord-est de la Grande Aiguille de la Bérarde. Merci l'Oisans!
Cette photo est due à Claude Mansiot, l'artiste d'Alpimages.

Quand j'ai été convaincu d'avoir à peu près fait le tour, j'ai baptisé le dernier tracé "Fin de partie". Ce n'était pas simplement un hommage à Ionesco: je voyais bien que j'arrivais au bout de mes envies. Après plus de trente ans passés à fouiner à droite et à gauche, il était temps de s'abandonner à un alpinisme prosaïque, une fois assouvi le dernier désir: la face nord de la Pointe Centrale de l'Epéna, en Vanoise. En voilà une avec qui j'aurai entretenu une relation d'attirance-répulsion à la limite du pathologique ! Ce n'est pas seulement une magnifique muraille : elle est surtout unique en son genre, véritablement in-comparable. Elle serait comme un hybride de Piz Cengalo mâtiné de Naranjo de Bulnes, on encore une réplique en marbre des grands dômes de granite du haut Yosemite, en Californie.

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L'Epéna au printemps...

Sa dénivelée nette est de 800 mètres, mais son profil bombé lui donne un développement qui doit taper dans les 1200 mètres. Sa partie médiane, qu'on découvre soudainement en émergeant du sombre labyrinthe des étages inférieurs, offre un des plus étonnants paysages de dalles et de surplombs qu'on puisse imaginer. Je n'en dirai pas plus: vous n'avez qu'à y aller voir... Bon Dieu, qu'est-ce qu'elle m'a tourmenté! En plus elle a fait la coquette, s'appliquant à déjouer toutes mes avances. Un jour, c'est une crue du torrent qui embarque le seul pont utilisable pour entamer la marche d'approche; une autre fois, c'est la zizanie qui s'installe dans la cordée et sonne la retraite; puis voici la pluie, qui fait de la cuirasse une décourageante pataugeoire; ensuite, il y a cette fois où je perds mes lunettes alors que plus de la moitié est déjà dans la poche... Ce coup-là, en août 97, a été un coup en vache pour Etienne Rol avec qui j'avais déjà équipé 15 longueurs. Nous étions repartis après un épisode de pluie sans attendre que la paroi soit totalement sèche, parce que Etienne était sur le point de partir au service militaire (avec le privilège râlant de faire partie de la dernière fournée du service obligatoire). Et voilà qu'un geste maladroit me laissait myope comme une taupe! Etienne n'a pas voulu que l'on continue dans ces conditions, alors que j'insistais pour qu'il poursuive en tête jusqu'au bout. C'était peut-être plus sage, mais ça lui a coûté la conclusion de la voie. Il devinait que j'aurais bien du mal à attendre encore une année, et c'est lui-même qui m'a incité à y retourner sans tarder, donc sans lui.

ep_na_hiver_2
...Et en hiver. "In bocca..." est à peu près au centre de l'image. Skiable ?
Si oui, ce sera hallucinant !

J'ai eu la chance de pouvoir compter sur Olivier Mansiot avec qui j'étais déjà venu deux fois dans les parages. Il a invité son copain Matthieu Lacolle, et c'est à trois que nous avons enfin surmonté la muraille, dans une journée incroyablement longue, belle et intense, suivie d'une hallucinante descente nocturne sur Pralognan. Voilà, c'était le point d'orgue, l'accord final... In bocca al lupo ... Cette phrase que j'ai entendue en Piémont (Dans la gueule du loup) est une sorte de formule propitiatoire lancée à qui s'embarque pour l'aventure, sans doute pour exorciser les démons et dérouter le mauvais sort. Un mois plus tard, avec Bernard Wyns et plusieurs amis, nous avons fêté au refuge du Soreiller le trentième anniversaire de la voie des Savoyards. Il m'était difficile de ne pas y voir un symbole: de la Dibona (1967) à l'Epéna (1997), c'était un cycle qui s'était accompli. J'ai arrosé ça en consacrant une monographie à l'Epéna.

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A gauche, visite printanière à l'Epéna. A droite, 30 ans après la première, dans la traversée supérieure de la voie des Savoyards

Ca ne veut pas dire que j'ai totalement cessé de participer à des ouvertures, mais cette fois elles seraient petites, des premières pour rire, ou bien ce seraient celles des autres: une voie sympa à la Tête de la Marsare avec Fred Chevaillot, les voies des Têtes des Cos dans Belledonne, celles où j'ai servi de second à Etienne à la Pierra Menta, à la Pointe de Leschaux ou au Petit Marchet, etc... De toute façon, ça a cessé d'être vraiment une préoccupation, comme si l'Epéna avait purgé de façon définitive mes ambitions d'exploration. Je dis bien: les ambitions, car le plaisir de l'exploration, lui, est resté intact. Il y a le plaisir des lieux, tous ceux qu'on a dédaignés jusque-là et qu'on va visiter avec gourmandise: les recoins perdus de Maurienne, les vallons cyclopéens de Belledonne, les Préalpes du Sud, les Pyrénées, l'Auvergne, tant d'autres coins encore. Il y a le plaisir des courses solitaires, qui ont l'immense vertu de faire tourner le cerveau à tuberzingue (ça me fait penser à la façon dont Bernard Olivier parle de la marche, qu'il décrit comme une activité par excellence intellectuelle). Mais aussi, comme à l'inverse, le plaisir d'aller en montagne avec de nouveaux partenaires, qu'on n'aurait sans doute pas connus autrement, et le plaisir de les aider à progresser.

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La face ouest de Pierra Menta (Beaufortain)

Et puis ce sera l'écriture. Le hasard a voulu que l'Epéna "sorte" en même temps que La montagne c'est pointu. Ce bouquin correspondait à un besoin bien connu de ceux qui se voient invités à prendre leur retraite: le besoin de faire le bilan. Au fil des années j'avais accumulé quantité de textes dont certains avaient été publiés à droite et à gauche, d'autres non. En les considérant dans leur ensemble, je m'étais aperçu qu'ils témoignaient assez bien de l'intensité de la relation qui s'établit entre l'alpiniste et l'objet de sa passion. C'est une relation qui ne laisse pas indemne: par les formes et les conditions de sa pratique, l'alpiniste agit sur son territoire, et le transforme; et en sens inverse, la montagne transforme profondément l'alpiniste, parfois jusqu'à la folie. Essayer d'explorer cette dialectique, telle est l'intention de ce livre que j'aurais volontiers sous-titré "essai philosophique", si je n'avais craint de me prendre exagérément au sérieux... et de faire fuir le lecteur...!

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Séance de pub à 4000, lors d'une "traversée photographique" des Ecrins.
Merci Fred !

A la même époque, Fred Chevaillot préparait avec Jean-René Minelli le deuxième volume de leur sélection d'itinéraires du massif des Ecrins qu'ils avaient commencé à publier chez Glénat. Le premier avait été consacré aux courses faciles, le second aux courses de difficulté moyenne. Fred et Jean-René avaient posé comme règle d'avoir parcouru personnellement la totalité des itinéraires décrits. Comme Jean-René était accaparé par son activité de guide, Fred avait souvent besoin d'un partenaire pour visiter une partie des itinéraires, et il me proposa d'être un de ceux-là... à condition de mettre des fringues de couleur vive (pour le besoin des photos). J'ai donc acheté un pull jaune canari, et en avant! Cela aussi a été un très gros plaisir, car cela m'a donné l'occasion de faire des voies auxquelles je n'aurais pas forcément pensé, ou d'en refaire d'autres avec beaucoup de satisfaction - la moindre n'était pas de participer ainsi à un ouvrage conçu avec une très grande honnêteté (on ne peut pas en dire autant de tous les faiseurs de topos...). Fred en a profité pour faire un joli doublé en utilisant une partie de ses images dans un album illustré dont il m'a proposé de faire une partie des textes, Hautes cimes des Ecrins (également chez Glénat).

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Une des voies découvertes à l'occasion de ce livre: la jolie "arête de la Convention" à la Meije...
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...Et par la même occasion, la plus courte (le Gendarme Jaune, à gauche)  et la plus dure (Les grimpeurs se cachent pour ouvrir, à droite), le tout avec Fred et Sylvain Cambon

Ce n'est pas tout. A l'automne 1998, j'ai cédé sans résister beaucoup à deux propositions. L'une venait du GHM, celui-là même qui avait failli me faire griller sur un bûcher d'infamie en 94. Le feu de paille s'était vite étouffé et surtout le président avait changé: l'impulsif Marmier avait laissé la place au jovial Peysson. Au même moment le rédacteur de la publication annuelle du Groupe (les vénérables Annales du GHM) remettait son tablier. C'était dommage pour le GHM, car le-dit rédacteur était en fait irremplaçable dans le créneau qui était le sien: Bernard Domenech (c'est de lui qu'il s'agit) est un connaisseur hors-pair des montagnes du monde, il a le don de constituer un exceptionnel réseau de relations sur tous les continents et de faire surgir l'information. Pour des raisons qui étaient les siennes, il avait décidé d'arrêter du jour au lendemain. Yves Peysson me demandait de le remplacer au débotté. Je lui objectai que c'était tâche impossible, à moins de transformer complètement le contenu de la publication. Yves accepta - et voilà comment je me suis trouvé embarqué dans l'aventure qui consiste à confectionner une revue annuelle, avec pour ambition d'essayer de stimuler l'envie d'écrire chez des auteurs aux sensibilités les plus diverses, et de donner à lire ce que l'on aura peu de chances de trouver ailleurs. Cela n'a pas été sans tâtonnements, mais il en est sorti petit à petit une revue que je crois assez présentable - elle a changé de titre à l'occasion de sa quatrième année pour adopter celui de CimesLe prochain volume (Cimes 2006) sortira d'ici 15 jours-3 semaines.

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La prochaine édition de Cimes. L'éditeur Michel Guérin affirme que c'est "une des meilleures revues de montagne du monde". C'est lui qui le dit !

L'autre proposition est venue des éditions Hoebëke. Elles étaient en train de sortir une nouvelle série consacrée à des monographies sur les grands sommets européens, le premier titre étant consacré à l'Eiger. Le responsable de la collection, Sylvain Jouty, cherchait une plume pour la Meije. Il m'a proposé le projet. Je dois dire que j'ai accepté avec mille fois plus d'enthousiasme que pour les Annales. Ca a été un très gros boulot, mais un boulot formidable qui m'a captivé durant toute l'année 1999. Je travaillais jour et nuit, découvrant l'énormité du champ que cela ouvrait. Non seulement cette montagne a une histoire singulière, mais en plus elle a été une source d'inspiration extraordinaire pour quantité d'auteurs, d'artistes ou de gens de science. J'avais là un sujet en or massif, sur lequel j'ai accumulé une documentation considérable, si volumineuse que j'ai proposé à Fred Chevaillot de participer à ce livre en se chargeant de la partie iconographique. Naturellement il s'est passé ce qui me pendait au nez: je me suis retrouvé avec cinq fois trop de texte, et j'ai été obligé de tailler, de tronçonner, de sacrifier, afin de le faire rentrer au chausse-pied dans une maquette toujours trop petite. Le résultat est comme il est, loin de ce que j'avais rêvé de faire, mais enfin il a été plutôt bien accueilli - au fond, n'est-ce pas cela qui compte?

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Primé !

 

Posté par chaps à 15:04 - La Meije et moi - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

09 novembre 2005

Digression

Mille excuses auprès de mes "fans" (!!!) pour mon silence actuel : je suis tout simplement "surbooké" et je n'ai pas le temps de me pencher sur mon blog. J'espère trouver un moment dans quelques jours. Je me demande d'ailleurs si les temps se prêtent bien au narcissisme alpin, au vu des événements (mille fois prévisibles) qui se déroulent dans nos villes. Dire qu'une société aveugle et irresponsable ne fait là que récolter son dû, cela ne résout pas le problème - mais ça soulage. Reste à résoudre le problème, encore faudrait-il pour cela avoir aux manettes des gens capables et lucides. On n'a jamais autant parlé de la République que depuis qu'on l'a vidée de son contenu. Je me souviens qu'en 1987 j'ai ouvert au Charbon une petite voie que j'ai baptisée "Loïc et Malik". C'était un petit hommage discret à deux jeunes gens victimes de violences policières. Malik Oussekine avait été frappé lors d'une manif étudiante à laquelle il ne participait même pas. C'était un garçon paisible et studieux, dont le seul tort était d'avoir une tête à taper dessus... suivant des critères qui ne sont pas les miens, évidemment. C'était en 1986. Le premier ministre de l'époque s'appelait Jacques Chirac. Déjà. Ca fait maintenant 10 ans qu'il faut le supporter comme président de la République (faudra-t-il vraiment aller jusqu'à 12 ?). Il pourra se vanter d'avoir présidé à la liquéfaction de celle-ci. Ce type est une calamité, entouré d'autres calamités du style de Sarko-l'incendiaire. Ses récents propos rappelaient ceux de Maurice Papon quand il était préfet de police de Paris entre 1958 et 1962, responsable de la ratonnade d'octobre 61. J'avais vécu cette journée à Paris, ce n'est pas un beau souvenir. Par la suite, j'ai pensé que ce pouvait être une page tournée (= assumée et surmontée, et non pas oubliée). Il est accablant de constater que le paponisme est de retour avec Sarkozy... Je n'excuse pas les violences des gamins des banlieues, elles sont odieuses et absurdes, mais elles sont malheureusement le symptôme du nihilisme ambiant. La République, c'est la démocratie + un projet capable de mobiliser une collectivité. Je n'ai pas été gaulliste, mais je dois reconnaître que de Gaulle portait un projet, lui. Ma référence, c'est plutôt Mendès-France (je sais, je suis très, très archaïque). Depuis, je suis comme Diogène avec ma lanterne : je cherche un Républicain, un vrai... 

Posté par chaps à 08:46 - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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